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Certaines matières premières sont échangées à très grande échelle au niveau mondial. Ces produits peuvent être échangés physiquement, mais ils font aussi l’objet de contrats à terme qui, souvent, ne débouchent pas sur une livraison. D’abord outils de protection pour les professionnels, ces contrats sont aussi devenus des outils de spéculation.

Trois façons de négocier les matières premières

Les matières premières peuvent aujourd’hui être échangées sur trois types de marchés :

- Le marché au comptant (dit aussi physique, ou spot) constitue un réseau de négociation de gré à gré entre vendeurs, intermédiaires et acheteurs. Les marchandises sont échangées physiquement pour livraison immédiate par des contrats commerciaux.

- Le marché à livraison différée (ou forward) est un marché physique de gré à gré où la négociation commerciale et la livraison sont différées dans le temps : l’acheteur et le vendeur se mettent d’accord à l’avance sur la quantité, la qualité, le prix et la date de livraison.

- le marché à terme est un marché boursier où s’échangent des contrats à terme et des options. Acheteurs et vendeurs opèrent, à la différence des marchés forward, sur un marché centralisé et organisé, en s’échangeant des contrats standardisés par l’intermédiaire de courtiers. Les transactions n’aboutissent qu’exceptionnellement à une livraison physique. Pour certaines matières premières, la cotation de contrats à terme sur un grand marché international peut servir de référence à l’établissement des prix pour tous les échanges ; pour d’autres, ces contrats ne sont qu’un indicateur de la tendance des marchés ; enfin, certaines, même si elles font l’objet d’un commerce international important, n’ont pas de contrat à terme. 

La naissance des marchés à terme

Les marchés forward, puis à terme, sont nés pour permettre aux intervenants sur les marchés agricoles de se couvrir des variations de prix.

Le principe des contrats forward est simple : un vendeur et un acheteur se mettent d’accord sur une quantité et une qualité de marchandise, avant qu’elle ne soit disponible, pour un prix et une date de livraison fixés à l’avance. Cette pratique commerciale a évolué au cours des siècles, pour donner naissance aux marchés à terme. 

Le premier marché à terme réglementé est apparu au Japon, au XVIIe siècle. La Bourse de riz de Dojima permettait aux producteurs de riz de vendre leurs récoltes futures, afin de se prémunir contre les risques de baisse des prix. Cette pratique a pris une forme très proche des contrats à terme que l’on connaît aujourd’hui en 1865, sur le Chicago Board of Trade. Cette Bourse spécialisée dans les céréales est la première à avoir proposé des contrats à terme dont les caractéristiques (quantité, qualité, date de livraison…) étaient standardisées. D’autres Bourses ont proposé ce type de produits, d’abord sur des matières premières agricoles différentes, puis sur les métaux et les énergies fossiles. Le principe s’est affiné avec la mise en place d’un système de dépôt de garantie, puis de chambres de compensation. 

Depuis les années 1970, les marchés à terme organisés se sont développés à grande échelle, sur des actifs de toutes sortes.

Contrats à terme aujourd’hui : le principe

Un contrat à terme est un produit dérivé négocié en Bourse ; c’est-à-dire qu’il s’agit d’un actif « dérivé » d’un autre actif, appelé sous-jacent, auquel il est adossé. Il peut être défini comme un engagement d’acheter ou de vendre un sous-jacent (matière première ou autre) à un prix fixé à l’avance et à une date future déterminée.

Acheter un contrat à terme consiste à s’engager à acheter le sous-jacent à un prix et à une date d’échéance déterminés. L’investisseur a alors une position « longue ».

Vendre un contrat à terme consiste à s’engager à vendre le sous-jacent à un prix et une date fixée. Il n’y a aucune nécessité à posséder le sous-jacent que l’on vend ; on parle de vente à découvert, c’est une position « courte ».

Dans les deux cas, il n’y a pratiquement jamais de transaction physique à l’échéance, l'engagement portant en réalité sur un prix et non sur la livraison physique réelle. Il suffit à l’opérateur de revendre ou racheter le contrat avant la date d’échéance, ou de « rouler sa position » en se portant sur un contrat à l'échéance plus lointaine.

Les échanges physiques sur les marchés à terme sont notamment limités par le fait que les contrats à terme incluent des caractéristiques très précises sur le sous-jacent (taux d’humidité des graines, taux d’impureté, provenance…) qui les rendent peu adaptés à ce type de commerce. Cependant, il est nécessaire que la possibilité d’une transaction réelle existe afin de maintenir un lien entre la cotation « papier » et le marché physique. 

La cotation du contrat en Bourse doit refléter, par une confrontation à grande échelle d’acheteurs et de vendeurs, un consensus sur l’anticipation du prix du sous-jacent à la date d’échéance. Souvent, sur les matières premières faisant l’objet d’un important commerce mondial, un (ou plusieurs) contrat à terme sert de référence à la fixation des prix sur les marchés physiques au niveau mondial.

Se couvrir sur les marchés à terme

Les marchés à terme permettent aux producteurs (agriculteurs, sociétés minières ou pétrolières…) comme aux consommateurs (agroalimentaire, industries utilisatrices de métaux...) de se couvrir des variations de prix en fixant à l’avance le prix de leur transaction future. Les intervenants prennent alors sur les marchés à terme un risque inverse à celui qu’ils prennent sur les marchés physiques.

Deux exemples :

• Un industriel doit acquérir, six mois plus tard, une importante quantité d’aluminium. Il craint une hausse des prix à cette échéance. Pour se prémunir contre ce risque, il pourra se porter acheteur sur des contrats à terme concernant l’aluminium, pour une quantité équivalente à celle dont il aura besoin. 

S’il liquide sa position sur le marché à terme au moment de l’achat physique de la marchandise, il y a deux possibilités :

- si les prix ont augmenté, la plus-value qu’il fera en liquidant sa position sur le marché à terme compensera le prix plus élevé auquel il devra se faire livrer son aluminium ;

- si les prix ont baissé, il ne profitera pas de cette baisse, puisqu’il aura perdu l’équivalent sur les marchés à terme. Mais il aura finalement acquis sa marchandise à un prix fixé à l’avance et qui lui convenait. 

• Un producteur de blé ne peut pas vendre sa récolte dans l’immédiat, mais dans un délai de trois mois. Il craint une baisse des prix sur la période. Il peut alors prendre une position vendeuse sur des contrats à terme à échéance de trois mois, sur une quantité équivalente à sa récolte. Au moment où il pourra effectuer la transaction sur son blé « réel », il débouclera sa position sur le marché à terme en rachetant le contrat qu’il a vendu. 

- si les cours ont effectivement baissé : en liquidant sa position vendeuse, il dégagera une plus-value qui couvrira le manque à gagner sur la vente de sa récolte ;

- si les cours ont monté : il perdra en Bourse l’équivalent de ce qu’il aurait pu y gagner avec sa récolte. 

Dans les deux cas, il aura finalement vendu son blé au prix déterminé trois mois avant la vente de sa récolte.

Qui négocie des contrats à terme ?

Trois grandes catégories d’intervenants opèrent sur les marchés à terme :

Les hedgers ou commerciaux

Professionnels en rapport avec les marchés physiques, ils utilisent les contrats à terme pour se couvrir des risques de fluctuation de prix liés à leur activité.

Les spéculateurs ou traders

Sans lien avec les marchés physiques, ils peuvent agir au nom de hedge funds, de fonds de pension… Ils interviennent sur le marché pour tirer profit des variations de prix. Ils sont à l’origine de la majeure partie des volumes de négociations sur les contrats à terme. Leur rôle sur les marchés de matières premières est source de polémique : ils apportent une liquidité qui rend les marchés à terme plus efficaces ; dans le même temps, ils peuvent être à l’origine de bulles spéculatives et de variations de cours brutales dont pâtissent producteurs ou consommateurs.

Les arbitragistes

Ils achètent et vendent simultanément une même matière première sur deux marchés différents, afin de profiter d’un écart de cours ou de taux de change. Ces opérations d’arbitrage conduisent à une certaine homogénéité des prix sur toutes les places de cotation mondiales.

Les options

Les marchés à terme proposent aussi des options sur les contrats à terme de matières premières. Ces options peuvent être à l’achat (call) ou à la vente (put). Acheter une option call revient à acquérir le droit d’acheter un produit pendant une période donnée (ou à une date donnée) et à un prix fixé à l’avance ; acheter une option put, à acquérir le droit de vendre le produit pendant une période donnée (ou à une date donnée) et à un prix fixé à l’avance. L’investisseur en options paye une « prime », qui ne représente qu’une petite fraction de l’investissement global et qui lui donne le droit de profiter de l’évolution du sous-jacent. 

Comme les contrats futures, les options peuvent servir aussi bien de couverture pour les professionnels que d’outils de spéculation.